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Vendredi 16 octobre 2009 5 16 /10 /Oct /2009 06:20

De retour à Nouméa un peu plus tôt que prévu, puisqu’ayant avancé mon billet d’avion de deux jours, (pas la peine de perdre du temps à la remise cette année) je reviens rapidement sur mes déboires de samedi dernier. Il y a des jours où tout se passe mal et c’est malheureusement un de ces jours sur lesquels je suis tombé. Après plus de trois mois d’entraînement intensif, je ne pouvais que bien faire cette année et depuis 2004, cette course m’avait plutôt réussi. Juste une petite douleur à déplorer dans le bas du dos avant d’arriver à Kona mais rien de bien grave puisque je me suis plusieurs fois aligné sur des épreuves avec ce genre de petit bobo. Grosse densité au départ natation, des difficultés à se faire de la place mais finalement je m’en sors bien jusqu’à ce qu’on vienne me virer des bons battements à force de coups de bras sur la tête. Je rétrograde de quelques places et me mets dans les pieds de ces nageurs castagneurs pour finalement m’apercevoir 5’ plus tard qu’ils ont laissé partir le groupe que je suivais et où se trouve MacCormack. Il y a 20 m à boucher et je n’y parviendrai pas. Au départ vélo je suis loin de la tête mais pas tant que ça du groupe Mac Cormack alors j’appuie bien sur les pédales pour essayer de rentrer. Avec la puissance de Timo Bracht nous commençons à reprendre du terrain mais Stadler, après nous avoir doublé va se faire accrocher par le groupe de Macca. Bracht s’échappe et le groupe de devant commence aussi à s’éloigner. Je me retrouve avec Lovato qui roule plutôt irrégulièrement, tantôt il se fait distancer puis il revient et roule costaud devant. Tout ceci nous emmène vers Hawi et on rattrape des athlètes qui ont sauté et qui s’accroche à notre groupe. Il y a là  Mike Aigroz entre autre. C’est juste avant d’arriver au demi-tour, dans la dernière petite bosse que je vais prendre un carton rouge. Lovato ne roule plus et j’entreprends de le doubler (il a fait toute la montée de Hawi devant et accuse sans doute le coup). C’est à ce moment qu’il monte sur les pédales pour relancer à une vitesse folle, se doutant bien que je vais être incapable de le doubler et me retrouver en position de « blocking ». Je suis obligé de le laisser repasser et je me remets à 10m, tout en restant décalé en descendant, et là « pim » carton rouge d’un arbitre qui n’avait rien d’autre à faire que de saboter ma course… Le rouge (4’ de pénalité), est uniquement destiné à un coureur qui drafte et toutes les autres sanctions sont uniquement passibles d’un jaune. Faudrait penser à étudier le règlement au lieu de faire du n’importe quoi. Me voilà donc arrêté à la penalty box durant 4 longues minutes réduisant ainsi encore plus mes chances de revenir sur le groupe de devant. En descendant du vélo je ressens une vive douleur dans la fesse et tout autour du haut de la cuisse. Quelques étirements n’y feront rien et je repars en essayant tout de même de me dire qu’il ne faut pas baisser les bras et qu’à pied je pourrais encore gagner des places, pour un top 10 mais pas un top 5. La douleur est toujours là et commence à m’empêcher de rouler aussi fort qu’au début. Je concède encore du terrain et au 125ème, je monte dans la voiture de mes parents au croisement de Waïméa. Je suis déjà loin, dans la tête je n’ai plus envie, je suis dégoûté et de toute façon je serai bien incapable de courir 42 bornes avec une douleur comme celle avec laquelle je dois composer depuis déjà 25 km de vélo. Qui plus est Wellignton est sur mon porte-bagage et me double en trombe quand je pose pied à terre. Voilà c’est fini, tout ça pour ça ! Je suis déçu pour moi et bien sûr pour tous ceux qui m’ont aidé et soutenu ces trois derniers mois. Je pense aux sacrifices que j’ai faits, aux heures passées loin de ma famille, aux entraînements fastidieux que j’ai dû accumuler (7 sorties de 2H à pied en 7 semaines pour ne même pas courir un mètre à Hawaï) et à ceux qui m’ont donné de leur temps pour me permettre d’être au top cette année. Je pense entre autre à Rudy,  à Rémi et à mes collègues de travail. Bien entendu j’ai aussi une pensée pour tous ceux qui m’ont encouragé via le net et je n’oublie pas non plus  tous mes potes de Nouvelle Calédonie avec qui je m’entraîne et qui étaient tous derrière moi à attendre une perf. Ce sera pour une autre fois, enfin s’il y en a une autre car cela devient de plus en plus difficile chaque année. Les sponsors sont assez peu généreux, et les contrats ne consistent bien souvent qu’en des primes à la performance (et encore elles sont rares) en plus du matos indispensable. Pas de résultats, pas de primes. Du coup, de grosses difficultés pour boucler le budget annuel. Cette année j’ai dû débourser pas loin de 10 000 euros pour me rendre sur mes trois Ironman. Quand je gagne une épreuve en Australie, je suis taxé à 30%, ma 5ème place à Roth ne me rapporte que 1200 euros avec des taxes également voisines de 30%.  A Hawaï les 1500 $ d’aide au déplacement que l’on reçoit quand on est dans le top 10 sont également taxés, soit 1050 $ de reçus  seulement cette année. Bref mon mi-temps professionnel a tout juste comblé cette année et je n’ai donc presque rien gagné. Par manque de temps j’ai peut être trop négligé les soins nécessaires à tout athlète qui prépare un Ironman comme Hawaï. Le manque de repos par rapport aux professionnels est aussi un facteur à prendre en compte au final. Même si je me sentais bien au départ, on peut penser que j’étais déjà moins bien que les autres. D’un autre côté cela arrive à tout le monde de manquer une course. Je pense à Yohan Diniz qui pour préparer son 50 km marche a passé tout le début de l’année au Portugal avec un encadrement au top. Tout ça pour lui aussi ne pas aller au bout. Que dire de Brown, Stadler, Llanos et d’autres encore… C’est la loi du sport de haut niveau et il faut vite rebondir, même si ça devient difficile. Je ne pense me lancer dans l’aventure l’an prochain seulement si je trouve un budget me permettant de réussir ce challenge. J’ai au bas mot besoin de 20 000 euros  pour réussir mon rêve et si je veux m’y consacrer à 100%, c’est à dire ne faire que ça et ne pas travailler à mi-temps. Depuis le temps que je dis que la réussite passe par là. Jusqu’à présent j’ai pu composer avec mais au fil des années, la fatigue et le stress s’ajoutent à celles des années  précédentes. Alors avis aux amateurs, si vous avez les moyens de m’aider dans cette entreprise. Sur Nouméa j’ai même fait la démarche de monter une association pour recevoir des subventions, mais rien n’y fait et le système du mécénat, comme ils l’appellent ici ne fonctionne pas. Bien évidemment j’écris tout cela à chaud mais c’est aussi dans le but d’éclairer tous ceux qui pensent qu’un Patrick Vernay gagne particulièrement bien sa vie. En attendant j’ai rendez-vous dans trois jours chez l’ostéo pour me soigner et aviser ensuite sur mes échéances à venir s’il y en a.

A bientôt et merci encore pour votre soutien.

Par Patrick Vernay
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